Un projet né bien avant son accomplissement
Il y a des rêves qui savent attendre. Celui de Carole et Claude Delabroye, tous deux soixantenaires, et de leur fils Valentin, 28 ans, en fait partie. Le projet initial remonte de quelques années : un tour du Mont-Blanc à parcourir tous les trois, en famille. Mais l’histoire en a décidé autrement, la pandémie de COVID-19 est passée par là, reportant cette folle et belle envie de marcher ensemble.
Six ans plus tard, en juin dernier, le rêve est enfin devenu réalité pour ces Immercuriens. Et il n’a rien perdu de sa force : bien au contraire, l’attente semble avoir renforcé la détermination de la famille à vivre pleinement chaque kilomètre de ce périple mythique.
Une préparation à la mesure du défi
On ne s’improvise pas randonneur du Tour du Mont-Blanc. Conscients de l’ampleur de l’épreuve, les Delabroye se sont préparés avec sérieux, chacun à sa manière : Valentin par la course à pied, ses parents par une marche régulière sur des terrains vallonnés, entre 10 et 25 kilomètres 3 fois par semaine. Une préparation qu’ils ont même mise à l’épreuve lors de la course de trail des Pyramides Noires, chacun à son rythme, véritable test grandeur nature avant le grand départ.
Pour l’organisation logistique, la famille a fait le choix de la sérénité plutôt que de l’improvisation : réservation des nuits en refuge, repas du soir, transport des bagages d’étape en étape, pique-nique fourni chaque midi… Un organisme spécialisé s’est chargé de tous ces détails. « Mieux valait cela que de partir à l’aventure sans aucune marge de manœuvre », résument-ils aujourd’hui, satisfaits d’avoir pu se concentrer sur l’essentiel : marcher, ensemble, et savourer chaque instant.
Dix jours, quatre dimensions
Du départ des Houches, en Haute-Savoie, jusqu’à l’arrivée à Chamonix, en passant par la Suisse et l’Italie, la famille Delabroye a parcouru près de 160 kilomètres autour du toit de l’Europe. Dix jours d’efforts et d’émerveillement, que Carole, Claude et Valentin résument volontiers en quatre dimensions.
La dimension physique, d’abord, fut exigeante. Avec une moyenne de 1 000 m de dénivelé positif et 1 000 m de dénivelé négatif par jour, soit près de 20 000 mètres cumulés sur l’ensemble du parcours, pour une moyenne de 17 kilomètres quotidiens, ce fut un authentique dépassement de soi, pour les parents comme pour le fils, chacun puisant dans ses réserves au fil des cols et des sentiers.
La dimension « carte postale », ensuite, tant les paysages traversés ont marqué les esprits. Neige éternelle, bleu profond des lacs d’altitude, verdure des alpages. La France, l’Italie et la Suisse ont offert à la famille un décor changeant et grandiose, différent à chaque étape, à chaque col franchi.
La dimension humaine, aussi, essentielle sur un chemin aussi fréquenté. En refuge comme sur les sentiers, les rencontres se sont multipliées. Partage, entraide, conseils échangés avec des randonneurs venus d’Europe, des États-Unis ou d’Asie. Une communauté éphémère et bienveillante, où chacun avance à son rythme mais où personne ne marche vraiment seul.
La dimension familiale, enfin, sans doute la plus précieuse des quatre. Dix jours durant, parents et enfant ont partagé l’effort, la fatigue, l’émerveillement et la fierté d’avancer ensemble vers un même but. Une expérience rare entre générations, de celles qui tissent des souvenirs indélébiles.
Et déjà, un nouveau projet en tête
À peine rentrée, la famille Delabroye pense déjà à la prochaine aventure. Car au-delà des kilomètres parcourus et du dénivelé engrangé, ce Tour du Mont-Blanc aura surtout été la preuve qu’un projet familial, même repoussé par les aléas de la vie, garde toute sa valeur lorsqu’il finit par se réaliser. Et que la montagne, décidément, a ce pouvoir unique de rapprocher les êtres.





